La bonne distance

La bonne distance

Je n’ai rien raconté de précis concernant mes courses ou mes entraînements depuis le Trail des Garciaux : je ne voyais pas comment écrire quelque chose de nouveau par rapport aux récits précédents. Pire : elles se sont très bien passées, ce qui ne fait pas bonnes histoires. Ca n’a pas empêché ma pratique d’évoluer entre temps et il est temps de consigner ici quelques unes de mes réflexions, des fois que ça soit utile à quelqu’un ou à mon futur moi.

Pour commencer avec le recul je comprends mieux pourquoi la fin des 30 kilomètres du trail des Garciaux m’avait paru difficile : parti à mon allure 20km alors qu’il y avait 10 kilomètres de plus à faire, j’ai très logiquement commencé à me sentir en difficulté peu après les 20 premiers kilomètres, « l’explosion » ayant survenu au 25eme kilomètre. La chaleur écrasante a également mis à rude épreuve les corps (le départ était donné à 14h), c’eût été une bonne raison de plus de ralentir. En résumé, quand il faut courir plus loin, bah il faut courir moins vite; et quand il fait très chaud, il faut redoubler de prudence dans sa gestion de la course.

trail-des-garciaux-cordes

Le Trail des Garciaux, les côtes étaient pas bien longues mais bien péchues.

C’est fou comme les choses paraissent hyper-évidentes une fois écrites. Dans la réalité et sur le moment, tu pars à balle en pensant gérer alors que tu fonces droit dans le mur.

Quand je me suis mis à la course à pied, il y a un peu plus d’un an, suite à mon arrêt de la cigarette ( 455 jours sans fumer, 11388 cigarettes non-fumées et 1708 euros économisés, affirme mon application), j’ai tout de suite eu envie de faire des courses et d’accrocher un dossard, et j’ai très vite compris après mes premières courses sur route que je souhaitais m’orienter vers le trail, qui me semblait plus rigolo. J’aime bien les arbres et tous ces trucs qu’on trouve dans la nature, et les ruisseaux, les falaises, c’est joli je trouve, c’est bien fait.

cover

Un arbre, c’est joli.

À partir de mars 2016, je met mon projet à exécution, et je m’inscris à un trail par mois jusqu’à l’été; et effectivement je m’éclate: je trouve ça fondamentalement marrant de dévaler des pentes avec plein de trucs qui peuvent te faire tomber, de prendre des ronces dans la gueule, de grimper à quatre pattes des côtes de bâtards en soufflant comme un boeuf, de gravir des rochers, d’avoir le visage fouetté par le vent de la mer sur des falaises.

Au moment de mon passage au trail, j’en étais à mon premier semi-marathon sur route, je suis donc resté au format 20 km pour le trail. Ça s’est tellement bien passé que j’ai rapidement eu envie d’augmenter la distance.

Augmenter la distance.

Dans le monde du trail, la distance est très valorisée, et le respect inspiré proportionnel aux nombres de kilomètres avalés en une seule fois, avec en toile de fond le fantasme de l’ultra-trail et ses distances aux proportions bibliques; qui peuvent aller jusqu’à 170 kilomètres ou plus. Courir de telles distances, 30 heures d’affilée à travers les montagnes sans dormir, c’est digne d’êtres mythologiques non ? C’est sans doute ce qui fascine dans l’ultra-trail. Des êtres humains peuvent donc courir plusieurs marathons d’affilée sans dormir ? Incroyable non ? ( il parait que ça fait un peu mal aux genoux et aux pieds quand même, ne faites pas ça chez vous ).

Il y a donc quand même un peu l’idée sous-jacente que quand on maitrise une distance, il faut passer à la distance du dessus, et que plus elle est longue, plus on en a une bien grosse paire (de chaussures).

Et puis c’est pas pour dire, mais il manque carrément des paliers dans les « petites » courses proposées : soit c’est 20, soit c’est 50 en général. Les courses de 30 sont rares, elles seraient pourtant un étape bien utile; parce que de 20 à 50, y’a comme un trou.

C’est comme pour la course sur route : on passe du semi-marathon au marathon; c’est énorme. Où sont les courses intermédiaires de 30 kilomètres sur route ?

Même ce mot « semi-marathon », semble entâcher la joie de courir 20 kilomètres: tu fais la moitié quoi. Tu termines pas le boulot. Ce serait comme appeler un 5 kilomètres un « semi-10 kilomètres ». Faut pas s’étonner que tout le monde veuille faire des marathons après, c’est presque de la provoc’. Et comme par hasard tout le monde se méfie du  « mur » des 30 kilomètres (moment d’épuisement intense qui accable parfois le coureur avant la fin d’une course, l’obligeant en général à alterner course et marche pour terminer), bah oui, comme c’est bizarre !

Après le trail des Garciaux et ses 30 kilomètres, j’ai quand même dû me demander ce que je voulais vraiment : m’éclater et me sentir bien sur une distance; ou bien augmenter encore la distance et chercher ma motivation dans le dépassement de soi, le défi et la satisfaction d’avoir terminé malgré les difficultés et l’envie d’abandonner ?

J’en suis arrivé à la conclusion que ce que j’aime pour le moment, c’est terminer une course en bon état, en ayant pris du plaisir tout le long du parcours et en restant en capacité d’apprécier les paysages. Je suis donc revenu avec grand plaisir à des 20 kilomètres avec le Trail des Ébihens et le Trail du bout du monde; deux très jolis trail.

Revenu tout de même plus fort de l’épreuve du Trail des Garciaux (ce qui ne vous détruit pas vous rend plus fort, comme disait l’autre allemand moustachu), j’ai donc essayé d’améliorer mon classement sur 20 kilomètres.

saint-michel

Le trail des Ébihens, une bonne excuse pour aller visiter le mont Saint-Michel

Je bouclerai le trail des Ébihens en 1h47, arrivant 238/1000 . Rien d’exceptionnel dans l’absolu mais me voilà pour la première fois dans le premier quart du classement et non dans le premier tiers comme jusqu’ici. Je termine relativement frais et heureux de ma course.

J’ai pu confirmer une des règles d’or du trail pour faire un classement pas trop dégueu : partir à la juste place dans le peloton puis courir vite au départ pour ne pas se retrouver dans un embouteillage dans le premier sentier venu. On peut ralentir une fois sur le monotrace pour récupérer un peu.

J’ai également noté à ma propre surprise que les jours de débauche qui ont précédé ce trail ( une résidence musicale avec mon groupe Byron inc. = bières + kebabs + zéro sport) n’ont pas trop sanctionné mes performances, en tous cas je me sentais en super en forme. On a qu’à dire que c’était de l’affûtage.

(Quand je travaille pas et que je cours pas, je fais de la musique : )

L’affûtage, c’est une manière un peu compliquée de dire qu’il est judicieux de se reposer un peu la semaine précédent une course plutôt que de s’entraîner comme un sourd jusqu’à la dernière minute.  Si vous connaissez ce mot, vous êtes très probablement un « runner » (et vous avez probablement mal au genou ou au tendon d’achille, désolé) , sinon vous êtes un jogger.

Je me suis donc affûté à la bière et au kebab et heureusement une semaine d’hygiène de vie approximative ne suffit pas à faire perdre les bénéfices des entraînements précédents.

J’avais ma montre GPS sur cette course, un peu traumatisé par le trail des Garciaux, je voulais avoir un oeil sur mon allure pour être sûr de ne pas aller trop vite cette fois-ci.

Je ne la prendrai pas pour le trail  suivant, le charmeur trail du bout du monde version 20km, que je terminerai en … 1h47 , exactement le même temps que le trail des Ébihens pour une distance et un dénivelé similaire. Comme quoi la montre GPS ne change pas grand chose à mon affaire.  De toute façon mon plaisir n’est pas de respecter une allure précise mais de trouver l’allure où mes sensations sont les meilleures durant la course, l’espèce de « sweet spot » d’où peut surgir le sentiment de « flow running ». ( Sorte de sentiment jouissif de non-effort et de glisse ).

Une sorte de point G de la course (oui bon, comment tu traduis « sweet spot » toi ?) pour lequel la montre ne m’est d’aucune aide : elle ne connaît ni ma forme ni le terrain sur lequel je cours; elle peut même me culpabiliser de ne pas courir plus vite. (connasse).

Je serai cette fois 116eme sur 622 participants, me voilà pour la première fois dans le premier cinquième du classement tout en ayant apprécié chaque instant de la course. (Et courir sur des falaises en bord de mer de bon matin, c’était mortel). Joie.

trail-bout-du-monde-sentier

Un passage du trail du bout du monde.

Côté repas de la veille, j’ai pu confirmer que se gaver de langoustines puis de crêpe chocolat-chantilly la veille au soir, ça fonctionne aussi pour courir le lendemain. ( même si j’avais un doute sur le coup j’avoue ). A vrai dire, quel que soit ce que j’ai bouffé la veille jusqu’ici, je n’ai pas senti la différence le lendemain au cours de la course. Ca n’est peut être tout simplement pas visible à mon modeste niveau, je vais donc probablement arrêter de me prendre le chou avec ça jusqu’à preuve du contraire.

Après ces deux courses; je me suis senti fatigué de tous ces kilomètres avalés à l’entraînement et du rythme « un trail par mois », ça tombe bien, je n’étais plus inscrit à aucune course. L’impression de finir une saison et un cycle en quelque sorte.

J’ai fini par en avoir marre des petites douleurs que je traine aux talons et tendons d’Achille depuis que je cours, alors j’ai baissé petit à petit le kilométrage  hebdomadaire et aujourd’hui j’essaie de faire grand maximum entre 20 et 30 kilomètres par semaine (c’est à dire 2 ou 3 sorties par semaine, ce qui est très raisonnable comme volumétrie) pour voir si cela permet aux petits pépins de parfaitement disparaître. Je sens effectivement déjà un vrai mieux. Par contre j’essaie de remplacer par le vélo ou la natation les heures en moins, donc je suis toujours à environ 6 heures de sport dans la semaine, tout cumulé. ( Aller au boulot en vélo, ça aide ).

Sur ces 30 kilomètres j’en fais désormais 10 pieds nus, 10 en sandales huaraches et 10 en chaussures de running pour des séances plus rythmées.

pieds-nus-ville

#nofilter

Ca a été dur au début de ne plus courir chaque fois que je voulais mais je sens bien que 20 à 30 kilomètres par semaine est beaucoup plus respectueux et transparent pour mon corps, j’essaie donc de tenir cette bonne résolution : l’idée à la base quand même en faisant du sport c’est d’être en forme et pas de boiter tous les jours, les performances venant après la santé.

Ca ne fait qu’un an que je cours, j’ai bien l’intention de continuer très longtemps et la course à pied c’est une histoire de patience : On oublie souvent que si les muscles s’adaptent très vite, ce n’est pas le cas des tendons, articulations, cartilages, os etc … De même ces parties du corps récupèrent bien moins vite que les muscles après une course. Patience donc pour le moment et place semaine prochaine au trail de Clisson puis début Octobre au trail de Mauves-sur-Loire !

 

Publicités

4 réflexions sur “La bonne distance

  1. Très bon article comme souvent ;-)
    Je partage une partie de ton analyse. Il est heureux de voir que l’apprenti Jedi apprend de ses erreurs et expériences car c’est le meilleur moyen de progresser.
    Je me permets quelques remarques issues de ma propre expérience. Non applicable à d’autres tel quel puisque nous sommes tous uniques.

    Oui il est « normal » de trouver un 30km plus long et dur qu’un 20. Et oui ces distances se préparent différemment. La gestion de course en terme d’allure n’est pas la même mais aussi la volumétrie d’entrainement nécessaire n’est pas la même. 30km d’entrainement par semaine est « juste » pour se sentir à l’aise sur une course de 30km (Trail ce qui est plus long). Ce n’est pas une fin en soi, car avec l’expérience des courses, une meilleure connaissance de soi et une accumulation des kilomètres au fils des mois / années, les trails de 30km passeront facilement. Mais ils laisseront toujours des traces liées au manque de volumétrie pour les préparer.

    Il est facile de passer ce cap en poussant une de tes sorties à 12 puis 14km et en respectant une progressivité. La différence au bout de quelques semaines sera énorme. Tes courses de 20 – 30km changeront encore de dimension.

    Pour éviter les pépins physiques que tu semble rencontrer, 3 règles s’appliquent :
    -Progressivité (Pas trop vite, pas trop long, pas trop souvent au début et pendant des moins, des années)
    -Intensité des entrainement doit être basse (plus lentement à l’entrainement = moins de fatigue globale, moins de traumatisme, meilleure récupération …). Cela n’affecte en rien ta performance en course bien au contraire.
    -Repos, appeler également « l’entrainement invisible ». Typiquement, faire une semaine plus légère toutes les 5 ou 6 semaines et couper X jours après chaque course.

    Pour ce qui du gap entre les courses de 20 et 50km, elles sont peut être rares dans la région de Nantes. Mais sur la région Niçoise pas de problème, tous les formats existent : 25, 27, 30, 33, 37, 42, 47, 50, 55 ….après par contre on a un gap jusqu’à 80km (Aïe).

    Pour un Trail, il faut regarder que le kilométrage mais également le dénivelé positif. Une théorie donne comme équivalence (durée, énergie nécessaire) 100D+ = 1Km à plat. Ce qu’il est intéressant de faire à chaque course, c’est de regarder les années passées en combien de temps ont fini les 1er et le 1er 1/3 du peloton. Cela donne une idée de la dimension de l’épreuve.

    Pour finir, ton alimentation d’avant course n’a peut être aucune incidence sur tes performances et tant mieux. Enfin cela a de l’incidence mais tu ne le vois pas ;-) En fait tu est meilleur que ce que tu ne le penses. Là où tu dois faire attention c’est sur l’après course. Ta capacité à correctement et rapidement te remettre de ta course dépend fortement de ton alimentation d’après course. Cela a un impact sur ta fatigue profonde, tes courbatures, la qualité de ton sommeil, de ta reconstruction musculaire et tendineuse etc.

    Bonne continuation // Sportivement

    PS : J’ai commandé auprès de Pierre des sandales Huaraches. 1er retours dans quelques semaines

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s