Courir un 10 km nocturne en sandales Huaraches

«Je suis désolé Yann, finalement je pourrais pas venir aux Foulées de l’éléphant avec toi» me dit Jean-Rémy. Je suis un peu déçu, j’étais plutôt content de pas partir seul sur une course pour une fois. J’ai pas tant que ça envie de les courir ces 10 kilomètres sur route, après le semi-marathon d’Orvault (récit) je suis un peu en indigestion de bitume. Du coup pour ramener un peu de défi et de motivation j’avais en tête de les courir en sandales Huaraches, ces 10 kilomètres. Et pourquoi pas ? J’avais déjà bouclé pas loin de 10km à l’entraînement avec, logiquement ça passe.

La course que je m’apprête à courir, ce sont les 10 kilomètres nocturnes des Foulées de l’éléphant à Nantes, en avril dernier. Pour de vrai j’espérais qu’on allait voir le magnifique éléphant de Nantes en courant, mais en fait non il n’y avait pas d’éléphant, simplement on part des Machines de l’îles, sous les nefs. Et c’est super chouette hein, mais moi je voulais voir l’éléphant. A cause que ça s’appelle les foulées de l’éléphant.

(oh et si tu débarques ici et que tu demandes ce que sont les sandales huaraches, tu peux lire ceci : https://yinrun.fr/2016/04/09/courir-en-sandales-huaraches/ )

Ma plus grosse crainte concernant les sandales huaraches, c’est le laçage : si je me plante dans le laçage je vais devoir m’arrêter en pleine course pour les refaire et j’entends d’ici les commentaires goguenards des autres coureurs. Et en même temps, je ne dois pas trop serrer sous peine d’avoir mal et que le lacet pénètre trop la chair. Ok; est-ce que c’est pas juste définitivement une idée à la con que j’ai eu en fait ?

Je pars vraiment minimaliste pour le coup : un short, un T-shirt, des sandales, un dossard et roule ma poule, je chevauche mon fidèle brinquebalant ( mon vélo de ville qui fait un joli bruit de ferraille et qui perd des boulons quand je roule) jusqu’au départ de la course. Je crois me souvenir que j’ai aussi pour maintenir mes cheveux mon espèce de bandana de hippie découpé à l’arrache dans un bonnet rouge. Bref j’ai probablement une dégaine pas possible et j’ai limite l’impression de faire un truc pas bien.

Je finis par conclure que je fais ça parce que j’ai envie de courir comme ça, ce serait dommage d’y renoncer juste par crainte du regard des autres.

Pourtant en arrivant je me rends compte que j’assume pas des masses: je ressemble à un foutu hurluberlu au milieu de ces coureurs en grosse chaussures fluos et j’ai bien l’impression qu’on ne voit que moi. Plusieurs personnes s’approchent de moi et me demandent si je compte courir avec ça, avec une sincère sollicitude sur leur visage et une vague inquiétude pour ma santé mentale. J’essaie de les rassurer comme je peux mais étant moi même un peu mal à l’aise de la situation dans laquelle je me suis auto-fourré, je ne suis pas forcément aussi rassurant que je voudrais l’être. D’ailleurs suis-je rassuré ?

Jean-Remy qui devait m’accompagner est passionné par les Five Fingers, je me rends compte que je me serais senti beaucoup plus à l’aise avec un camarade minimaliste parce que là concrètement je me sens un peu seul et surtout on est vraiment beaucoup pour ces foulées de l’éléphant, environ 7000 inscrits : je me fais marcher sur les pieds, sauf que moi je suis pieds nus et que ça me fait mal. Impossible de rester au milieu des gens, je décide d’aller tout au bout du bout du peloton pour épargner mes orteils.

Le départ est donné est évidemment je galère comme pas possible pour me frayer un chemin vu d’où je suis parti, à vrai dire je commence à courir environ 6 minutes après avoir entendu le départ. Les gens ne me font plus de remarques, dans la foule compacte on ne voir pas forcément ce que j’ai aux pieds pour le moment, je me détends un peu.

On se retrouve rapidement sur des pavés au relief très prononcé, pas l’idéal pour les sandales mais heureusement ça ne dure pas longtemps. Un mec en Five Fingers me tape sur l’épaule d’un air enthousiaste probablement parce que je cours en sandales huaraches, mais je le perds aussitôt de vue. Le rythme global est relativement pépère, c’est un 10 kilomètres festif et détendu du slip, avec de la musique partout. Il faut dire qu’à ce moment à Nantes, ZE grosse course du week-end c’est le marathon. Autant dire qu’on fait petit slip nous autres à côté.

J’entends un nombre incalculable de fois « Regarde le mec, il est en tongs! » que je corrige en général d’un air docte, « ce sont des sandales de course », avec une tête d’un gars qui semble apporter une distinction cruciale. Je précise « de course » car ça donne l’impression que le truc a été étudié par tout un tas d’ingénieurs pour courir et ça laisse les gens pensifs un bref instant; mais bon je crois bien qu’ils finissent par voir la même chose que moi : mes chaussures c’est quand même rien qu’un bout de semelle avec une ficelle.

J’entends fuser un « espèce de hippie! » ( il y a sûrement un peu de vrai dans cette affirmation ) puis une fille qui me demande si j’ai perdu un pari pour courir en tongs. Je crois que je réponds que j’aime les chaussures légères, elle semble à demi-convaincue et pense peut être que la légèreté se situerait a priori plutôt au niveau de mon argumentation.

Mais si il y un truc vraiment cool avec la course à pied, c’est qu’à un moment donné, c’est quand même celui qui double l’autre pour de bon qui cloue le dernier argument d’une conversation portant sur l’efficacité supposée d’un équipement. Comme j’en ai encore pas mal sous le pied je ne me prive pas de mettre un terme à la conversation avec une accélération franche. Bim, que je me dis intérieurement (merveilleuses petites joies mesquines de l’ego).

En tous cas les sensations sont agréables, le laçage est ok. Je cours beaucoup plus lentement que ça habituellement quand je suis en sandales, mais je constate que ça se passe tout aussi bien à une allure plus soutenue.

J’ai un peu de mal à trouver du plaisir toutefois : trop de gens et une ambiance trop urbaine pour mon envie du moment, j’ai pas vraiment envie d’être en train de courir dans un tunnel avec un DJ qui passe de l’électro.

Heureusement la fin approche, je sprinte et je termine avec un chrono officiel aux environ des 49 minutes. Ma foi, pas si mal vu ma position de départ et ma paire de sandales à 20 euros !

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