Mon premier semi-marathon – suite et fin

Mon premier semi-marathon – suite et fin

Il est 10h00, le départ du semi-marathon d’Orvault 2016 est donné. C’est agréable de participer à une course à taille humaine et de partir à l’heure ! Nous nous élançons sur la route pendant que le speaker nous annonce que « ceux ou celles qui ont des écouteurs pour la musique seront disqualifié-e-s, ce qui serait dommage ». Certes. Je suis en queue de peloton mais avec un objectif de 2h00,  inutile que je m’affole et que je joue des coudes, je pars tranquillement.

Comme de coutume, ça bouchonne sur le premier kilomètre, je zigzague lentement en doublant des coureurs. Il fait beau, la température est agréable, je me sens rapidement réchauffé et ça fait du bien de retrouver l’émulation d’une course ( la dernière remonte au Paris-Versailles 2016 en septembre dernier ). On m’avait prévenu que le parcours était plutôt vallonné pour ce semi et effectivement, on est jamais vraiment sur du plat, ça part directement dans des enchaînements de petites côtes et descentes qui constitueront la majorité du parcours. Ca me va, ça rajoute un peu de fun dans la gestion de la course et ça brise la monotonie du bitume.

Je me fie à ma respiration pour caler le rythme comme j’ai pris l’habitude de le faire depuis que je cours régulièrement sans montre GPS. Je me cale sur « 30% de profondeur de respiration » et je m’autorise à monter à 50% dans les côtes mais pas plus.  La formule semble efficace et tenable sur la longueur, je me sens à l’aise et j’avance pas trop mal. Je jette un oeil à ma montre qui affiche une allure de 5’00 du km. ha, cette montre GPS, je l’aime bien mais elle me fait déjà culpabiliser au kilomètre 2 ! Je n’ai jamais tenu cette allure sur 20 kilomètres du coup je me demande si je ne pars pas trop vite.

J’arrête de me prendre la tête et je décide de m’en servir uniquement pour regarder le kilométrage et le temps écoulé, c’est bien assez d’informations. Je me sens facile au rythme où je suis alors je ne change rien; et puis au fond à quoi bon accrocher un dossard si c’est pour rester dans sa zone de confort ? A vaincre sans péril on triomphe sans gloire comme disait l’autre. Je ne me vois finalement pas courir en jouant la sécurité pendant 20 kilomètres : 2 heures de bitume tout en prudence, je sens déjà l’ennui poindre.

Nous quittons le décor urbain pour découvrir les alentours d’Orvault, je suis soulagé de voir qu’on ne va pas faire tout le trajet dans la ville et je découvre des petites routes de campagne doucement vallonnées qui annonce une jolie ballade dominicale. Je suis agréablement surpris et ça met du baume au coeur après un départ peu poétique à tourner autour d’un supermarché en zone péri-urbaine. Je passe devant le premier ravito, j’avale deux gorgées d’eau en vitesse et je râle ouvertement contre la tradition des coureurs de jeter des gobelets en plastique dans la nature au lieu de viser les poubelles à disposition. Un point de plus pour le trail.

J’aperçois au loin un drapeau. Un meneur d’allure ! Je vois écris 1h50 sur son fanion. Voilà qui pimente un peu l’affaire ! Les dix kilomètres ne sont plus très loin et je double le groupe des 1h50 en restant calé sur mes 30% de respiration J’ai un sursaut d’orgueil et de motivation : certes je m’autorisais à être fier de moi pour 2h00, mais passer sous les 1h50 est un projet plus excitant. Je rentre enfin vraiment dans ma course et je commence ma petite bataille personnelle.

A force d’enchainer petites côtes, descentes et faux plats, je sens que ça tire pas mal derrière la cuisse droite dans les côtes, ce serait con de choper une crampe si tôt. Note pour plus tard : arrêter de s’entraîner uniquement là où il n’y a aucun dénivelé ! Les bords de l’Erdre c’est joli mais c’est plat. Je m’étais déjà fait avoir au Paris-Versailles.  Si 200 de D+ me mettent dans l’orange, il va falloir revoir le programme des courses à venir. Je me prépare à faire une croix sur les 27km de trail en Vendée, qui compterait 1000 de D+. Avec du sable. Passera pas, ou alors je finirai probablement dans un état similaire à un finisher de la Diagonales des fous.

Arrive le kilomètre 10,  un chrono géant indique 52 minutes et des poussières. Je suis toujours bien dans mes pompes, mais la fatigue commence à se faire sentir, accélérer sur la deuxième partie du parcours comme j’aime le faire d’habitude ne semble pas faisable sur les 11km restant… Je me fais la réflexion que l’endurance ressemble à jeu de gestion à la Sim City ou autre. Certes je fournis un effort mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel c’est d’avoir un oeil sur tous les paramètres: le moral, la respiration, la faim, la soif, l’état de fatigue musculaire, la digestion, les articulations, les points de côtés, les crampes etc… Essayer de garder un oeil extérieur sur la machinerie, prendre les bonnes décisions au bon moment selon leur évolution, pour arriver jusqu’au bout le plus vite possible sans exploser en vol. Bref, « Je me sens comme un sims » comme dit parfois ma compagne, avec des petites jauges au-dessus de la tête.

jauge-sims.png

Vers le kilomètre 15, le coup de fatigue devient plus sérieux, le mental s’émousse, les jambes se raidissent et je commence à avoir la dalle. J’attrape un quartier d’orange et un abricot sec au ravito et je marche quelques mètres le temps d’avaler ça tranquillement.

Autour de moi je vois certaines personnes mener un tout autre combat que le mien : le visage écarlate, le souffle rugissant, parfois le corps voûté comme si elles allaient s’écrouler sur la route d’un instant à l’autre, mais non, un pas après l’autre elles tiennent debout et elles s’accrochent visiblement en mobilisant dans leurs ressources les plus lointaines et intimes. Je ne suis pas sûr d’avoir déjà puisé aussi profond dans mes propres réserves. J’hésite entre l’admiration et l’incompréhension de se mettre dans un tel état… J’observe du coin de l’oeil un homme âgé qui a l’air de donner tout ce qu’il a pour venir à bout de son défi. Peut être qu’en le regardant, un non-coureur ne verrait en lui qu’un petit vieux essouflé qui progresse lentement mais moi j’entends ça en le regardant :

 

Du coup ça m’inspire : je me dis que je suis bien moins fatigué que ce que je crois. Ce que je considère comme de la souffrance ou de l’inconfort n’est que de la paresse à puiser plus loin dans mes ressources: je ne suis pas essoufflé, je n’ai mal nulle part, mes tendons d’Achille me laissent vivre. J’ai les jambes un peu raides, tu parles d’une affaire, je viens de faire 15 kilomètres, je sors pas du SPA…  Allez il reste 6 kilomètres, on arrête de chouiner, le plus gros est fait, il y a de la marge avant l’épuisement, on relance !

Et ma foi ça tient bien mieux que je n’aurais cru. Certes ça devient brouillon au niveau de la foulée, je ne sens plus trop ce qu’il se passe au niveau des jambes, j’ai un peu mal partout, je talonne pas mal, mais ça tient. Je raccourcis la foulée et j’augmente la fréquence (ma montre indiquera 192 foulées / minute sur cette course contre 180 d’ordinaire ) pour retrouver un peu de confort. On est au kilomètre 19, après un coup d’oeil à ma montre je vois que si je me bouge un peu plus le cul je peux tenter les 1h45. C’est tentant mais il faut que donne un bon coup de collier sur les deux derniers kilomètres.

J’essaie d’accélérer, je tombe le kilomètre 20 en 4’40 (ok ça descend mais quand même, je suis content de moi) et idem pour le kilomètre en 21, mais là ça descend plus du tout; on termine sur une petite côte bien sèche, on m’avait prévenu mais pour le coup j’ai l’impression d’aller puiser loin pour maintenir le rythme jusqu’à cette putain de ligne d’arrivée qui n’arrive pas, j’en bave ! Ils l’ont planqué où ? Il y a probablement d’affreux petits trolls qui la reculent au fur et à mesure que j’approche.

Je l’aperçois enfin, on a le droit à une très courte descente et un petit bout de plat dans la dernière centaine de mètre pour se refaire une dignité avant le finish, j’apprécie. Je lance une dernière accélération histoire de finir le boulot consciencieusement.

Chrono officiel : 1h45:46 . J’ai la sensation agréable de m’être bien donné et ne pas être rester dans ma zone de confort où je me serai de toute façon ennuyé. J’en récolte un chrono bien meilleur qu’espéré, et un regain de confiance en moi qui fait du bien après les semaines précédentes marquées par le douteQuand je vois le rythme des deux derniers kilomètres après presque 20 kilomètres d’effort, je réalise que mes limites ne sont pas du tout là où je les imagine. Une mini-leçon qui ne peut pas faire de mal.

stravapercu.png

J’avais hésité un moment à faire ce semi-marathon mais je suis heureux d’y être allé. J’y ai renoué avec l’envie de courir et de poursuivre mes objectifs en course à pied. Quant aux tendons d’Achille, l’amélioration parait très encourageante même si je reste prudent. Vu mon état après 21km et 200 de D+ environ, je ravale ma fierté de coureur fraîchement retrouvée et j’entérine ma décision de troquer le trail de 27km contre sa version 13 kilomètres, ce sera bien suffisant pour une première fois. Faire un petit peu mieux que la fois précédente et être patient.  Le week end prochain je troquerai donc le bitume contre le sable, la mer, les pinèdes et les dunes pour ma première incursion dans le monde du trail, que je ne manquerai pas de venir conter ici.

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5 réflexions sur “Mon premier semi-marathon – suite et fin

  1. Un grand merci pour ton article qui m’a bien fait rire ! J’aime vraiment ta façon d’écrire les choses « les Sims, Carmina Burana, etc ». Et puis ce chrono « non mais allo quoi ! ».. et dire que tu t’étais estimé à 2h ! Tu peux être fier de toi sur ce coup là, et 13km en D+200 ça doit être sacrément corsé déjà (je repense à mon petit 10km en D+88 ahah). Continue à prendre autant de plaisir que tu arrives à le transmettre, et go go go pour tous ces nouveaux challenges ;)

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour ce commentaire qui fait bien plaisir à lire. Ouais j’ai vérifié sur le site : 13km , 400m de D+ et du sable. Si on considère que 100m de D+ = 1km en plus ressenti; ça fait 17km ressenti avec en prime des parties dans le sable. Probablement pas loin d’un semi-marathon en terme de temps et d’effort.

      Aimé par 1 personne

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