Mon premier semi-marathon – Antépisode où l’on croise une femme squelette.

Mon premier semi-marathon – Antépisode où l’on croise une femme squelette.

Au moment de préparer mes affaires, je jette un oeil à ma montre GPS: depuis ma récente diatribe à ce sujetje ne la prends que rarement pour être plus à l’écoute de mes sensations. Mais la confiance en moi est fragile ces jours-ci, alors je décide de m’autoriser tout ce qui peut me rassurer pour demain et je la glisse sans plus de scrupules avec le reste de mes affaires . Je fais même preuve d’une superstition inhabituelle en épinglant à ma ceinture de course un vieux pin’s représentant une rune islandaise que j’ai retrouvé par hasard ce soir. J’avais adoré mon voyage en Islande. Peut-être qu’un jour j’aurais la chance de faire un trail dans les paysages extraterrestres de Landmannalaugar ?

Quelques semaines plus tôt, une grippe et mon emploi du temps me coupe de la course à pied pendant une quinzaine de jours. A la fin de cet arrêt imposé, je suis d’abord plutôt enthousiaste, je me sens super bien. Alors que d’habitude ça couine ou ça grince toujours de quelque part, là je me sens comme un sou fraîchement frappé. Ca faisait longtemps que je n’avais pas récupéré autant. Je me dis que ça va être un régal de retourner courir avec une telle forme. Sauf que je réalise que  je n’ai pas du tout envie de retourner courir. Voilà qui ne m’était pas arrivé depuis mes débuts, je suis naïvement perplexe face à ce constat.

Du vélo, oui, de la natation, avec plaisir, mais courir … courir ? Se jeter contre le sol dur, 180 fois par minute ? Ressentir l’onde de choc me traverser le corps à chaque foulée ? Avoir les tendons qui tournent pas rond, le dos qui fait bobo, les tibias pas droits, les genoux qui tiennent plus debout, les cuisses qui dévissent, les hanches qui penchent ? Courir me semble tout à coup une activité violente. C’est que je me sens bien là, moi. Si j’y retourne, je vais retrouver toute ma collection de mini-bobos-de-quand-je-cours.

La date du semi-marathon approchant, il faut bien s’y remettre ( je me félicite au passage de m’être imposé un calendrier de course cette année ). Je me dis que l’appétit de courir viendra en courant. S’en suivent deux laborieuses tentatives de sorties de 6 kilomètres que je finirai en marchant, faute de jambe et de motivation. Le corps se traîne, le coeur s’ennuie, le mental est en panne. Je suis peut être encore tout simplement affaibli par ma récente grippe, en tous cas la machine ne se met pas en route.

Changeons de stratégie. Courir à plusieurs c’est plus facile, les kilomètres semblent moins longs. Sur le groupe Facebook « Courir naturel à Nantes » je trouve des compagnons de route motivés et le dimanche suivant nous nous élançons dans une sortie d’une vingtaine de kilomètres (merci Jean-remy et Nicolas pour votre compagnie sur cette sortie !). Finalement vers le kilomètre 5 les sensations reviennent doucement et m’accompagnent courtoisement sur la dizaine de kilomètres qui suit, pour se carapater ensuite au kilomètre 15 et m’en faire baver pour rentrer à la maison. Je termine la dernière portion du parcours en boitant à cause d’une raideur qui surgit au tendon droit ( après le tendon gauche  il y a peu …).

La confiance s’effrite. Ces raideurs aux tendons d’Achille me font m’interroger sur tout le travail effectué ces derniers mois : Et si la cause était ma transition vers le minimalisme et le médio-pied ? Puis, pour ne pas faire les choses à moitié je passe franchement du côté obscur de la force : « pourquoi je cours ? Et si mon envie de courir ne revenait jamais ? Qu’est ce qui m’a pris de croire qu’un jour je serai capable de courir un marathon ou un ultra-trail ? Et puis ce blog qui te prend du temps, ça intéresse qui ? ». 

Pour résumer : je me sens comme une merde.

C’est le genre de moment où il faudrait tout de suite arrêter de réfléchir : le pessimisme fausse les perspectives et on se met à bâtir des théories toutes de guinguois sur soi et le monde. Sans optimisme et sans espoir, la raison déraisonne car ne reste alors que les tourbières de la mélancolie pour tout terrain de construction des idées.

Il y’a bien une petite voix sage à l’intérieur de moi qui m’explique qu’il s’agit là d’une baisse de motivation temporaire et qu’il faut juste attendre que ça passe, que tout passe; mais la voix grossière de la déraison attire plus l’attention.

Bon, un peu de sang froid. Peut être tout simplement que je ne cours plus pour les mêmes raisons qu’avant,  qu’un nouveau cycle s’ouvre à moi. Vie – mort – vie, embrasser la femme squelette disait un conte inuit du livre Femmes qui courent avec les loups. La course à pied est morte, vive la course à pied ! Après bientôt un an de course à pied, j’arrive à un certain palier dans la progression et il semble normal que l’excitation grisante des débuts s’émousse un peu, peut être suffit-il d’accepter ce changement et de faire évoluer ma pratique.

Ce qui me tient en haleine aujourd’hui est différent : c’est mon objectif d’expérimenter le trail, d’être en mesure de courir 30 bornes par monts et vallées dans des paysages qui me font triper. Mes sorties ne sont plus une finalité en soi, elles sont aussi un moyen d’atteindre ce petit rêve. Et je dois admettre que cela demande un minimum de discipline, parce que courir 30 kilomètres avec 1000m de D+ ça ne s’improvise pas un soir de cuite pour le week-end d’après. Courir seulement quand j’ai envie ne suffira plus forcément, si je veux y arriver je dois m’entraîner. Ce verbe me paraissait presque un gros mot il y a quelques semaines, dans mon obsession de mettre le plaisir au centre de ma pratique. Bon et puis faire du sport, c’est le bien, et ma compagne me trouve plus sexy depuis que je cours, le débat est clos. Allez on se remet en piste.

Peu après je remarque que suite à mon « hypertonie vésicale », dixit mon généraliste ( c’est une périphrase à 20 euros pour  « envie fréquente de pisser »), je ne m’hydrate plus assez en journée depuis un bon moment. Peut-être cela affecte-t-il mes tendons ? Espoir !

Je me gave d’eau et j’ai l’impression au bout de deux ou trois jours que les raideurs des tendons s’estompent nettement. Alors, rassemblant toute ma foi dans le minimalisme et le médio-pied, je chausse mes Five Fingers et je retourne à l’assaut de ces fichus 6 kilomètres. Ca passe !  Re-belote dès le lendemain pour la même distance, j’ajoute des montées et descentes supplémentaires histoire de tester les tendons d’Achille : ça passe toujours !

Qu’importe que ce soit l’eau, le minimalisme, la douceur du temps, le cours du dollars face au yen ou tout ça mélangé : ça va mieux et ça me rend optimiste pour la suite. Il ne reste  alors que 4 jours avant le semi-marathon : trop tard pour me rassurer avec d’autres sorties. J’opte pour le repos complet, boire des litres d’eau et arriver un peu sous-entraîné dimanche matin, mais en ayant retrouvé de la confiance en moi.

Me revient en tête la philosophie tout en douceur d’Antoine Guillon, le vainqueur de la diagonale des fous 2016 : ne jamais se mettre dans le rouge, juste essayer de faire un tout petit peu mieux à chaque fois, être patient. Ca me semble une bonne manière de prendre les choses, tout de suite.

Et enfin le mental fait son retour : je sais l’objectif que je veux atteindre, je sais pourquoi je cours,  je sais que ce semi-marathon est une étape vers le trail et s’inscrit dans une logique plus vaste, et je sais même finalement quel chrono je veux viser : juste un petit peu mieux que la dernière fois ( quand j’avais parcouru cette distance en solo, en 2h03 ). Je décide que 2h00 sera largement assez pour m’autoriser à être fier de moi, sans pour autant me foutre la pression.

En rejoignant la ligne de départ dimanche matin, si les doutes n’ont pas complètement disparu, j’envisage aussi que peut-être cette course pourrait tout simplement bien se passer. Le temps est idéal, il fait frais mais ensoleillé. La fraîcheur engourdi mes pieds, j’attends avec un mélange agréable de trac et d’excitation que le speaker donne le départ pour donner l’assaut à cette distance un peu poétique : 21,097 kilomètres.  Quand retenti le départ, tout cet enchevêtrement de pensées reste derrière moi  : il reste la route, le corps et le mental, et tous les trois on va voir ce qu’on peut faire pour être de retour ici dans 2 heures.

IMG_2608

Le sas de départ. La photo était un peu ratée alors j’ai appliqué un filtre discret sur l’image, que tu n’avais d’ailleurs probablement pas remarqué avant que j’en parle.

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6 réflexions sur “Mon premier semi-marathon – Antépisode où l’on croise une femme squelette.

  1. C’est intéressant de voir comment tu as poussé ta reflexion. Je pense que l’on a le droit aussi de ne pas avoir envie de courir et qu’il faut s’autoriser ces moments sans course à pied.. histoire de recharger les batteries, faire autre chose aussi, et retrouver l’envie ! Tu as su utiliser ce temps pour réfléchir au Pourquoi, et il semble que tu ais trouvé les réponses à tes questions :)
    Concernant les tendons, l’hydratation joue forcément. Mon kiné m’a aussi parlé de l’apport en Oméga 3 qu’il fallait augmenter pour limiter les inflammations (huile de noix ou de colza, amandes/noix, maquereau, sardine…). Sans vouloir jouer l’apprenti psychologue, le mental a son influence sur nos sensations corporelles (mais c’est pas un scoop, tu dois l’avoir compris) : quand le corps parle, c’est qu’il y a quelque chose à comprendre derrière.
    Je penserai à toi dimanche alors pour ce premier semi, avec un objectif tout à fait honorable (je suis persuadée que tu feras moins… mais je veux pas te mettre la pression). Au plaisir de te lire Jedi de la Course à Pied ;)

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    • Ouais une lectrice ! Hello Pow ! Comme l’a suggéré ma compagne, psychologiquement sur plusieurs points ça peut m’arranger de courir moins, voire de m’auto-saboter : plus de temps pour la musique et mon boulot de freelance, tout en me déresponsabilisant de pas atteindre les objectifs que je m’étais fixé cette année en course à pied. Difficile d’évaluer le périmètre d’influence sur le physique précisément.

      En tous cas je confirme que l’eau (en dehors des runs) a fait beaucoup de bien, et je suis abonné aux amandes parce qu’on me l’a dit mais pour le coup j’ai pas senti de différence flagrante. Quant au semi je l’ai déjà couru (la suite arrive) mais j’imagine que j’ai un peu trop déstructuré mon récit pour que ça se comprenne ;)

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