Courir sans sa montre GPS et sortie #fail

Courir sans sa montre GPS et sortie #fail

Il y a des jours comme où ça foire où l’on apprend de nouvelles choses. Suite à mon précédent article , je pars courir ce matin sans GPS pour rejoindre une ville à environ 15 kilomètres au nord de Nantes en longeant le canal, puis revenir par l’autre rive.

Je dois dire que je ne m’attendais pas à me sentir aussi « nu » sans la montre : avec le recul je réalise que j’ai enregistré jusqu’alors toutes mes sorties  sur une application via téléphone ou montre, exceptée la toute première.

Quant à la montre, elle est rapidement devenue – je m’en rends compte maintenant – un véritable compagnon de route, et un petit rituel que j’apprécie : l’attacher au poignet avant de sortir, télécharger l’activité sur Strava en buvant un petit café au retour et regarder tout plein d’endorphines les chiffres engrangés et les jolies graphiques générés – voir l’exemple ci-dessous pour ceux qui ne connaissent pas. C’est une routine bien ancrée qu’il me parait bizarre de ne plus suivre.

Je décide cette fois d’emmener un petit sac à dos : si j’ai les jambes je prévois 30 kilomètres et j’ai envie d’essayer d’être autonome sur tout le trajet. J’y glisse un peu d’eau et quelques fruits secs. Pour faire le malin, je suis parti avec sur le dos un sac acheté 1€50 à la ressourcerie à Nantes. Il ressemble à un petit sac de trail très basique léger et hermétique. Son principal défaut : des bretelles austères mais je pensais pouvoir arranger ça en bidouillant un peu. Il n’aura jamais cette chance…

Sur les premiers kilomètres je suis satisfait de mon choix et m’enorgueillit de pouvoir ainsi courir avec un équipement qui ne vaut rien. « Haha, tous ces cons qui dépensent des sous dans des équipements techniques qui ne servent à rien » que je me dis. Un kilomètre plus loin et commençant à transpirer, je sens soudainement mon dos irrité par le léger frottement des lanières puis franchement douloureux avant d’atteindre le stade du « c’est lui ou moi, mais on pourra pas terminer ensemble cette aventure ».

Au prochain village atteint, je récupère dans le sac la bouteille d’eau, la ceinture élastique qui permet de glisser le téléphone et les fruits séchés. Je tente vaguement d’accrocher ma petite bouteille d’eau à ma ceinture mais ça ne fonctionne pas. Bon, pas la peine de tergiverser, je voudrais quand même profiter de la nature et sa parure givrée matinale. Je jette le sac sans trop de scrupule dans la première poubelle que je trouve, je glisse les fruits séchés dans les gants, j’accroche le tout à ma ceinture. Je bois quelques gorgées d’eau à la  bouteille que je jette également avant de repartir.

Enfin libre et léger ! Je profite de courir sans GPS : il ne restera aucune trace de cette sortie (finalement si : ce billet ) , je ne connaitrais jamais exactement la distance parcourue, ni l’allure, personne ne la verra sur Strava. La question qui reste c’est juste : « Est ce que je profite bien de chacun de ces instants et de la nature ? ». Sinon je n’aurais rien à foutre ici, parce que je profitais vachement bien des instants sous ma couette aussi, à la base.

Je ne sais pas précisément depuis combien de temps je cours ni combien de kilomètres j’ai parcouru. C’est à la fois agréable et perturbant. J’ai un peu faim alors je me dis que j’ai du faire au moins 10 bornes, peut être plus car je me suis perdu à deux reprises, au moment où j’ai décidé de me fier à mon sens de l’orientation. Je cherche mes gants dans lesquels j’avais glissé mes fruits pour grignoter, mais de gants, point. Ils sont probablement tombés dans la descente pleine de racines où j’ai couru comme un dératé tout à l’heure. C’est con parce que là je commence à me demander pourquoi je les avais enlevé, ça pèle.

Par rapport au départ, j’ai déjà perdu un sac à dos, deux gants, l’eau et les fruits. Si c’est pas du minimalisme ça, je sais pas ce que c’est.  Dans une subite envie d’un peu de chaleur humaine au milieu de cette fraîcheur hivernale, je sors mon téléphone pour envoyer une photo prise en cours de route à ma compagne mais le téléphone s’éteint d’un coup alors qu’il avait 90% de batterie au départ et je ne parviens plus à le rallumer. C’était mon seul moyen d’avoir une carte du coin. Bon, je suis a priori pas prêt pour faire un trail en autonomie, c’est certain. Deux sympathiques coureurs avec qui je partage un bout de chemin m’aiguillent gentiment sur la bonne route vers ma destination.

J’atteins finalement Sucé-sur-Erdre – Je parviens à y rallumer mon téléphone, d’où les photos ci-dessus. Le ciel est gris, j’en ai un peu marre, il fait froid dès que j’arrête de courir. Je pensais boire un café victorieux au chaud sous un rayon de soleil en regardant les pêcheurs et les bateaux du ports avant de revenir en courant; finalement je cours à la gare et je prends le premier train pour Nantes. Je ne sais pas combien j’ai parcouru mais je sais que je ne veux pas le refaire dans l’autre sens.

En rentrant, je ressens la frustration vaine de ne pas pouvoir convertir en jolies statistiques colorées ces kilomètres et de savoir à quel vitesse j’ai couru. Décidément c’est presque une addiction pour que ça me manque comme ça ! Je pense à rentrer manuellement l’activité sur Strava mais c’est peu idiot sans connaître le kilométrage précis, les allures calculées sont fantaisistes. Je griffonne donc dans un carnet acheté à cet usage les notes essentielles sur cette sortie.

Je reviens malgré tout satisfait d’avoir quitté ma montre GPS pour le sentiment de liberté que ça m’a procuré et parce que c’est un excellent moyen d’affûter l’écoute des sensations. Et aussi parce que ça fait un moment que je trouve parfois bizarre de vouloir systématiquement être traqué par un satellite quand je sors courir.

Pour faire écho au billet précédent, il ne reste pour ainsi dire que la « Moelle de la course » : profiter du moment présent et jouer avec le terrain. Il peut m’arriver de perdre un peu ce but de vue et de vouloir « performer » quand ma sortie est numérisée. Je poursuis donc dans cette voie au moins jusqu’au marathon de Nantes en Avril.

 

 

 

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5 réflexions sur “Courir sans sa montre GPS et sortie #fail

  1. J’avoue ne pas avoir tenté ce genre d’expérience sauf contraint et forcé. J’avoue bénéficier d’une totale liberté même avec une montre GPS car elle me fournit des informations basiques qui me permettent de rester lucide et d’éviter de me mettre en danger … Je me souviens d’une sortie longue de 33 km où tout est allé bien jusqu’à 27 km. Au vu de la distance parcourue, j’ai pu prendre les bonnes décisions (alimentation, repos, …) et ensuite reprise pépère …

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  2. Bonjour Yin, je découvre ton blog et ta motivation / volonté pour développer un running ‘pur ». J’apprécie énormément. Je me permet quelques conseils liés à ton dernier post.
    Il est tout à fait possible de courir avec une montre GPS active, à la découverte de nouveaux territoires et d’en apprécier les données post entrainement sur Strava sans jamais la consulter de toute ta sortie. Tu cours aux sensations, ta montre enregistre mais tu ne la regardes pas. Cela implique une engagement psychique de te « dématérialiser » même si le matériel est là. Personnellement j’en suis à un point ou je peux oublier de l’allumer ou de l’éteindre. Il m’arrive également de faire mes courses à l’instinct, c’est à dire sans montre. Mais lors de mes entrainements, je l’ai, car certaines données on de l’importance dans ma pratique notamment ma gestion du surentrainement, ou de l’estimation des temps de passages aux ravitaillements en course Ultra.
    Porte porter l’essentiel en mode minimaliste durant tes runs, je te préconise la Filp Belt associée à une gourde Simple hydratation. Plus besoin de sac, ultra léger, autonomie totale.
    Pour la préparation de ton entrainement à l’instinct, sans plan complexe (ton avant dernier post) je t’incite à t’intéresser à l’entrainement polarisé. Il te semblera nécessaire d’être rivé sur ta montre GPS mais en fait pas du tout.
    En synthèse, 80% de ton entrainement est à très basse intensité (fini les segments Strava), sur des distances de 5 à 25km environ (soit 2h30 max). Tu modules suivant tes envies, le temps dispo, la fatigue du moment, tu écoutes ton corps. Pour savoir si tu es à basse intensité sans cardio c’est hyper simple. Tu dois courir en ne respirant que par le nez. Si tu as besoin de respirant par la bouche alors tu as passé le cap de la limite d’intensité. Simple.
    20% de ton entrainement est à très très haute intensité, c’est à dire sur du fractionné court (de 30 ‘ à 2 min) ou long (de 2 min à 12 min). En gros tu es à la vitesse et l’intensité maximale que tu puisses fournir à l’instant T en gardant en tête que tu dois pouvoir réaliser toutes les séries que tu t’ai fixées avec le même niveau d’engagement. Pas besoin d’un cardio pour te mettre dans le rouge.
    Le gouverneur central contrôlera que tu n’explose pas donc aucun risque.

    Je pense que d’ici le Marathon de Nantes avec ce type de pratique tu te connaitras. Pas de plan, pas de contraintes, pas d’objectifs quantifiés par des gens qui ne te connaissent pas, pas de surentrainement car ton corps diras stoppe avant de craquer

    En espérant t’avoir aider.

    PS : je pense apporter ma vision du minimalisme sur mon blog prochainement pour compléter tes échanges avec Julien des Sentiers du Phénix

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    • Bonjour Alain, bienvenue dans le coin !

      Je ne suis pas contre les montre GPS qui sont en effet extrêmement pratiques dans nombre de situations. Par contre je me suis rendu compte que je m’appuyais souvent sur elle : par exemple à l’idée de faire un semi-marathon sans elle, j’ai d’abord un peu paniqué : comment savoir si je vais trop (ou pas assez ) vite ?

      C’est là que je me suis dit que j’avais besoin de réapprendre à m’écouter un peu pour savoir gérer mes allures en fonction de la distance sans l’aide systématique d’un outil externe.

      Au delà de ça, dès que je me sentirai parfaitement au point sans montre de ce côté, je ne verrai rien de mal à numériser une sortie de temps à autre pour voir ce que ça donne. Je veux juste inverser la tendance : que numériser une sortie reste de l’ordre de l’exception plutôt qu’une routine.

      J’ai déjà entendu plusieurs bloggeurs parler de la Flipbelt et du bidon simplehydratation. Je suis toujours intrigué par ce dernier car vu de loin, ça n’a pas l’air franchement confortable à trimballer et j’ai peur qu’il tombe aisément lors de mes cabrioles dans les descentes un peu sauvages.

      Je note les conseils pour l’entrainement polarisé et l’astuce de la respiration pour le nez ! A bientôt ici ou sur ton site.

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