Meurs, montre GPS.

Je viens de refermer un magazine de jogging avec un hors-série sur le marathon et sa préparation. Tout à coup j’ai le tournis et à dire vrai presque la nausée : je fais une indigestion de fractionnés, de temps de récupération, de vO2max, du nombre et de type de sorties par semaine qu’il faut faire, de leur durée, du pourcentage de fréquence cardiaque à ne pas dépasser. Je dois calculer tout un tas de machins et de bidules grâce à des accéléromètres sur mes chaussures, un GPS au poignet, un satellite dans le cul.

 

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Premier point :  je fais une indigestion de chiffres et des programmes à la con sur 12 semaines. Car ces chiffres sont des indicateurs ultra-précis. Mais quelle est au fond leur pertinence ? A-t-on vraiment besoin d’un appareil pour savoir où l’on en est de sa fréquence cardiaque ? On parle là de notre corps, votre corps. Notre coeur il est là, dedans, il pulse à vos tempes, à vos poignets, il bat dans votre poitrine, c’est dans vos veines que le sang afflue. On le ressent. En s’écoutant bien, on peut percevoir et comprendre une multitude de signaux dont la richesse est 1000 fois celle d’appareils d’auto-quantification. 

La ceinture cardiaque ou la montre GPS vous donne de la précision, mais précision n’est pas pertinence. Et sans pertinence la précision n’est rien. Ce qui est pertinent c’est d’apprendre à qualifier au mieux notre état actuel en fonction du contexte. Tout change tout le temps : notre humeur, notre corps, notre digestion, le temps, le terrain, le vent. La constance est une illusion : il y a toujours une dynamique en marche, tout au plus est-elle trop subtile pour que nous la percevions. Pour tirer la quintessence d’un moment, nous devons nous ajuster sans cesse en souplesse à tous ces paramètres . votre montre GPS, elle s’en bat les couilles de tout ça, ça frise l’insolence. Elle bipe. Avec des chiffres ronds. Elle incarne froidement la rigidité du chêne qui fanfaronne devant le roseau.

Deuxièmement, je n’ai ni été engagé à l’armée, ni été payé le mois dernier au nombre de bornes ou à l’allure. Je suis un amateur et le boulot d’un amateur, c’est d’aimer ce qu’il fait. C’est tout ce que je compte faire pour le moment. Et franchement c’est pas possible en étant submergé de chiffres, de plan de préparations ultra-rigides.

La lecture de cet article ( Minimalisme ou la simplicité volontaire ) a récemment fait résonner une phrase fort en moi, j’en remercie l’auteur :

Enfin, Thoreau a bel et bien vécu dans sa cabane [ … ] pour « sucer toute la moëlle de la vie » autrement dit pour se recentrer sur les choses essentielles.

« Sucer toute la moelle de la vie » … Que reste-t-il quand il n’y a plus rien pour parasiter entre nous et nous-même ? Quand on a tout retiré, il reste quelque chose; et dans ce dénuement on trouve forcément quelque chose qui participe fondamentalement à notre essence. En tous cas il se découvre à nouveau à notre vue. C’est en partie ce qui amené Henry David Thoreau a vivre en autarcie deux ans dans une forêt.

Je cherche moi aussi à me retirer pour le moment dans ma Forêt. Alors voilà comment je compte préparer mon premier marathon : sans plan de préparation, sans montre GPS, sans mesurer mes sorties avec une application, sans acheter de magazine, sans mesurer précisément les kilomètres ni l’allure.  Zéro, nada, terminé.

Ca ne veut pas dire que je ne saurais pas plus ou moins ce que je fais, il me suffira de regarder sur la carte ce que j’ai fait en gros, soit en partant soit en revenant, de regarder  l’heure, de griffonner ça dans un cahier ou de le rentrer manuellement dans Strava. Par ailleurs mon temps sera mesuré précisément lors de ma participation à mon premier semi-marathon officiel 1 mois avant le marathon.

Mais évidemment des kilomètres vont m’échapper, tout ça sera très approximatif et pendant que je serai dehors,  il ne restera que moi, mes sensations, la nature et courir chaque fois que j’ai envie. 

Mais j’ai souvent envie. Très souvent. Ce sera cela ma préparation. Peut être que je vais me planter. Peut être pas. Alors meurs, montre GPS, meurs.

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4 réflexions sur “Meurs, montre GPS.

  1. Bonsoir yann,

    J’ai essayé de te contacter via Instagram car je n’ai pas trouvé ton email. Je suis passionné de course minimaliste et je viens de me poser sur Nantes, j’aimerais beaucoup echanger avec toi sur ce sujet. Tu es dispo pour aller boire un verre la semaine pro dans le centre de Nantes?

    Bon weekend

    JR

    J'aime

  2. Pingback: Courir sans sa montre GPS #fail | ䷁ YIN RUN

  3. Pingback: Semi-marathon d’Orvault – Antépisode où l’on croise une femme squelette. | ䷁ YIN RUN

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