Les souliers de peau : Test des Vibram Five Fingers KSO EVO

Les souliers de peau : Test des Vibram Five Fingers KSO EVO

Je m’étais promis d’être sage et d’arrêter l’achat compulsif de chaussures de running pour quelques temps. Après une quête qui m’a fait passé au fil des mois de chaussures maximalistes à des chaussures de plus en plus neutres et légères; j’alterne désormais avec sérénité les Skechers go run 3 (confortables et qui s’accordent bien avec le travail d’une foulée avant-pied ) et un peu de course pieds nus ( parce que c’est un excellent exercice pédagogique et très fun ). Mais L’hiver approchant, le sol se fait de plus en plus froid et difficile à supporter pour mes pieds nus peu expérimentés. En puis c’était mon anniversaire il y a peu. C’est armé de ces deux solides arguments que je me suis décidé à briser ma promesse pour acheter ma première paire de chaussure de running 100% minimaliste; pour conserver les sensations du pieds nus sans avoir à me déchausser pendant les jours froids à venir.

L’expérience aquashoes

J’ai d’abord essayé de courir avec des « aquashoes » à 9 euros. Ce sont en gros des chaussons d’eau servant normalement à marcher sur les rochers au bord de la mer et qui possèdent souvent les caractéristiques principales d’une chaussure de running minimaliste : semelle fine, plate ( différentiel de hauteur talon-pointe faible ou nul ), mesh aéré, plutôt spacieuses à l’avant pied, très flexibles, conçues pour sécher vite, plutôt légères. Ca ne coûtait pas grand chose d’essayer avant d’investir 100 euros ou plus dans des chaussures minimalistes de marque, j’ai donc commandé une paire sur Décathlon qui semblait convenir à ma pratique.

 

Et honnêtement c’est pas si mal ! … mais perfectible : la pointure est peu précise ( j’ai pris du 42/43, pas de pointure intermédiaire donc niveau tenue de pied c’est bien mais pas top ) et la semelle est certes fine et très souple mais assez lourde : ces chaussons sont au final plus lourds que mes Skechers go run pourtant bien plus massive visuellement. Bon, après c’est 9 euros, y’a pas de miracle et ça fait son taff : juste une semelle ou presque, qu’on peut rouler en boule pour les mettre dans les poches si on part courir pieds nus et qu’on veut une protection de secours.

Sans nul doute il existe quelque part dans ce monde une aquashoes pas chère qui me conviendrait mieux que celle-ci; mais déceler le potentiel de running d’un chausson d’eau à la description laconique sur internet sans pouvoir l’essayer est une quête difficile et incertaine …

J’ai un instant caressé le désir de me contenter de celles que j’avais, je trouvais ça plutôt classe de pouvoir faire ses séances de running avec une paire à 9 euros en faisant fi des petites imperfections que cela implique. Après tout l’important c’est le coureur, et l’apprentissage du bonheur, n’est-ce pas en partie savoir se satisfaire de ce qui convient plutôt que de courir après une solution idéale qui peut être n’existe pas ? Une fois ce vent métaphysique retombé, je décide de me rendre dans une boutique spécialisée dans les chaussures de running minimalistes.

Les joies de la sur-consommation

Revenu aux joies simples de la sur-consommation, je pars en quête de la chaussure qui corrigera avec brio les défauts sus-mentionnés. Je décide de me rendre à la boutique « Comme pieds nus » de Paris, près de République ( Il s’agit d’un distributeur officiel de la marque Vibram FiveFingers ) et d’essayer quelques minimalistes plus coûteuses certes mais conçues spécifiquement pour la course à pied; ce qui peut être présenter des avantages certains face à des Aquashoes plutôt conçues pour la pêche à la moule.

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La boutique « Comme pieds nus » au 58 avenue de la République à Paris.

Etre comme tous ceux qui sont différents

A l’origine je ne voulais pas spécifiquement des Five Fingers, pour ne pas faire comme tout ceux qui ne font pas comme tout le monde je suppose. Je lorgnais plutôt sur des vivobarefoot , c’est comme des aquashoes mais en très bien fait. Mais évidemment en entrant dans la boutique impossible de résister à l’envie d’essayer d’abord ces drôles de gants pour pieds que sont les Five Fingers qui trônent partout dans la boutique. Le vendeur me tend avec enthousiasme le modèle « Bikila » et une paire de chaussettes à 5 doigts. Je me dis « pourquoi pas? », l’idée étant de ne pas avoir froid aux pieds cet hiver, va pour les chaussettes qui vont avec.

Enfiler des Five Fingers la premières fois n’est pas si facile : côté pied droit ça va tout seul pour ma part, mais côté pied gauche c’est une autre affaire. Je réalise pour la première fois à quel point mes petits doigts de pieds ( c’est à dire le cinquieme doigt ) s’incrustent naturellement dans le doigt de pied voisin, plutôt que de vivre une belle vie libre et indépendante. Ce qui explique pourquoi j’ai du mal à les mettre dans leur compartiment séparé en me glissant dans les five fingers. Je ne m’attendais pas à cette petite difficulté dont je n’avais jamais entendu parler. Une fois les Five Fingers enfilées tant bien que mal, côté pied gauche le petit doigt de pied devient carrément gênant.

Le vendeur fort avenant me rassure : c’est quelque chose de fréquent et il me vend que les Vibram Five Fingers ont l’avantage d’aider les pieds à retrouver fière allure et à soigner les petits doigts qui ont souvent cet aspect un peu ratatiné ( pas tout à fait dans ces termes ). Il ajoute que cette gêne va disparaitre et qu’ensuite, avec l’habitude, les Five Fingers s’enfilent très vite. Etant lui même chaussé de Vibram ( il eût certes été étonnant qu’il fût chaussé de sabots en bois ), il me fait la démonstration et effectivement ça ne lui prend guère plus de cinq secondes par pied de les enfiler. A noter à ce propos que les modèles que j’essaie ne possèdent un système de laçage rapide, détail qui fait ma joie.

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Le modèle « Bikila », un peu plus protectrices que les « KSO » visibles en tête de cet article.

Je fais quelques pas avec les Bikila aux patounes. Côté pied gauche ça râle un peu à cause du petit doigt de pied, mais côté droit c’est comme une seconde peau. Je me sens en effet très proche du pieds nus, c’est bluffant. Je suis en train d’admettre que les Five Fingers ne sont pas qu’une mode : le concept fonctionne et permet de s’approcher aussi près que possible des sensations pieds nus, parce que le pied n’est plus dans une « boîte » mais entouré d’une protection qui épouse sa forme; et ça change tout. Ma compagne essaie aussi par curiosité et trouve les sensations tout aussi agréables et surprenantes.

Bien que ma décision soit sans doute déjà prise à ce moment d’acheter des Five Fingers ( restait à savoir quel modèle ), j’essaie les vivobarefoot par acquis de conscience. Rien à dire, elles sont tout ce que j’attendais à la base d’une bonne chaussure minimaliste; mais après les Five Fingers la différence est flagrante : je me sens à nouveau dans une « boîte pour pied » et aussi légère et souple soit cette boite; on retrouve des sensations de chaussures alors qu’en five fingers je conserve un ressenti pied nus. C’est clairement une expérience à part, on aime ou on aime pas, mais les Five Fingers ne sont pas des chaussures mais bien des gants assortis d’une semelle fine.

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Les vivobarefoot

Puisque mon objectif était d’avoir les chaussures les plus proches possibles du pied nu, je m’oriente vers la Five Fingers « KSO » dont la semelle est vraiment très fine. La boutique « comme pieds nus » propose un astucieux tapis recouvert de billes en plastique qui permet de tester la précision des sensations perçues une fois chaussé. La différence entre les bikila et la KSO est assez nette; les KSO offrent vraiment le minimum de protection requis et permettent de sentir très précisément le relief sous les pieds. Cette proprioception affutée est ce que je souhaite pour travailler ma foulée.

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Le modèle KSO EVO, une semelle très fine. Elles sont un peu moins structurantes que les Bikila

Je choisis le modèle en noir pour avoir l’impression d’être un ninja et aussi en espérant que ce modèle plutôt discret limitera un peu les commentaires lors de mes sorties ( ça ne marche pas. ).

Premier test

Après un bref essai sur 3km le soir même, je constate qu’en effet la gêne du petit doigt de pied ne se transforme pas en douleur; à vrai dire je ne sens même plus la gêne à la fin. Dès le lendemain je me lance donc dans une sortie de 11 kilomètres environ pour un test grandeur nature. Je copie ici les notes que j’avais prises sur ma sortie Strava correspondante puisque cela résume bien mes sensations :

Un vrai plaisir de courir les sentiers et l’herbe avec les vibram ( même si celles dont je dispose sont théoriquement pour de l’intérieur ) ! Parfois grisant : on a tendance à oublier qu’on est « presque pieds nus » et on s’emballe parfois alors qu’on est très peu protégé malgré tout… Excellente proprioception qui permet de sentir chaque instant de la pose pied; difficile de faire plus proche du pied nus avec une semelle même si le plaisir est moins intense et la proprioception malgré tout nécessairement un peu amputée.

 

Gare aux métatarses avec ces chaussures : la sensation de protection fait qu’on est moins prudent que pieds nus et qu’on envoie plus du bois; les comportements de modération d’impacts sont réduits ( la foulée se rallonge un peu et la cadence augmente moins naturellement que pieds nus). Enfin, le pieds-nus pose rapidement des limites et une progressivité parce que la peau doit s’habituer, ce n’est pas le cas en vibram. Il faut impérativement alterner avec une paire de chaussures plus classiques ou se montrer très très progressif si vous n’avez pas l’habitude du minimalisme ou du pieds nus, ou une foulée qui n’est pas typée avant-pied !

 

Pas de douleurs particulières à noter côté mollets, la course pieds nus et le travail de la foulée LFR semble m’avoir bien préparé à chausser du minimaliste; même si je prévois la prochaine sortie en Skechers go run 3 pour éviter de trop me solliciter pour les raisons citer ci-dessus.

 

Sur les surfaces dures et lisses, je préfère le pieds nus, en revanche les five fingers ouvre des « sensations pieds nus » sur des itinéraires qui me sont inaccessibles pieds nus pour l’instant : surfaces rapeuses, sentiers un peu caillouteux, forêt, herbes un peu hautes. Le modele kso a une semelle très fine donc c’est le même jeu que pieds nus : trouver le bon appui au bon endroit pour éviter de se faire mal. C’est ce qui me plait donc c’est parfait; je n’aime pas avoir une foulée strictement régulière sur terrain plat en regardant l’horizon d’un air pénétrant ; je préfère jouer avec le terrain et avoir les yeux souvent au sol pour choisir mon appui, de préférence sur des sentiers un peu techniques quand j’en ai l’occasion.

Un dernier mot : j’ai lu quelques fois que lors du premier essai des Five Fingers certains ont ressenti de fortes contractures des mollets. Les Five Fingers poussent vers une foulée avant-pied; c’est à dire que le pied arrivera plus naturellement presque à plat sur le sol au lieu du talon, l’avant pied touchant le sol en premier. L’avant pied va effleurer d’abord le sol puis le talon se poser un bref instant. Un mauvais réflexe possible au début est de penser que la talon ne doit en aucun cas toucher le sol : attention c’est faux !, et c’est en général une des raisons qui peut sur-solliciter vos mollets lors d’un premier essai.

Il faut aussi ajouter qu’il ne faut pas focaliser uniquement sur la réception du pied pour avoir la bonne gestuelle, comme indiqué dans cet article.

Solarberg Séhel dans sa théorie du Light Feet Running insiste entre autres sur le rôle important de l’ouverture de la hanche.

Etre détendu mais athlétique, avoir le bassin déverrouillé, laisser la torsion du corps et les bras jouer leurs rôles et résonner avec la position des jambes, ouvrir sa foulée vers l’arrière en souplesse ( ouverture de la hanche ) après une pose pied pas trop loin du bassin : ce sont des éléments déterminants pour une pose avant-pied naturelle et en douceur. Vouloir se réceptionner sur l’avant pied sans toute cette biomécanique ne rendra pas forcément votre foulée meilleure ni optimale au niveau de l’amortissement; au contraire le risque est là aussi de sur-solliciter vos mollets et d’être brusque avec votre pied; au lieu d’être plus souple et plus fluide avec le jeu de force en cours.

Quand je suis en Five Fingers ou pieds nus, j’ai tendance à avoir une oscillation verticale relativement plus faible, tout simplement parce que je ne veux pas pas tomber de « trop haut » sur la tête de mes métatarses à l’avant pied; je vais donc plutôt chercher dans les éléments précédemment cités pour dynamiser ma foulée.

Prudence donc, les Five Fingers impliquent d’avoir une foulée avant-pied un peu rôdée au préalable pour éviter de mauvaises surprises. Dans tous les cas; une grande progressivité est de mise car vous allez faire beaucoup travailler votre pied et solliciter rudement vos métatarses (premier pied de contact en foulée avant pied) et vos orteils (qui viennent toucher le sol peu après ). L’aponévrose plantaire sera également plus sollicité que sur des chaussures plus classiques qui offrent parfois un soutien à votre voûte plantaire: en Five Fingers votre voûte plantaire ne sera plus soutenue et va jouer un rôle potentiellement beaucoup plus actif qu’avec des chaussures classiques.

Pour ma part, même si ma sortie de 11km s’es bien passé; j’ai mis sur les sorties suivantes mes Sketchers et je ne suis pas sûr pour le moment de mettre plus d’une fois par semaine les Five Fingers, pour éviter trop de stress à mes pieds qui étaient plutôt habitués à des séances de 3km en pieds nus.

Je vous quitte en vous laissant regarder cette impressionnante vidéo à partir de 1min07 où l’on voit nettement comment atterrit le pied sur une foulée avant-pied d’endurance; et le moment où le talon vient déposer un baiser sur le sol.

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