Compte rendu Paris-Versailles 2015

Compte rendu Paris-Versailles 2015


Je n’avais pas prévu de courir ce Paris-Versailles. D’une part j’ignorais l’existence de la course et d’autre part je trainais une douleur tenace sous les pieds depuis un moment. Dans un soudain accès de sagesse et de modération qui ne me ressemble guère, j’avais décidé de stopper complètement la course à pied jusqu’à disparition totale de la douleur. A vrai dire je pensais que c’était l’affaire d’une ou deux semaines à ce moment.

20 jours plus tard ( arg ! ), J’en été presque venu à bout quand une connaissance me dit qu’elle a un dossard pour Paris-Versailles à me donner, faute de pouvoir elle-même participer. Plus qu’à l’épingler et à aller courir dès le dimanche suivant, c’était le surlendemain ! Je lui dis que je vais passer le récupérer; en me disant que j’aurais le temps ensuite de décider si c’est une bonne idée ou pas de reprendre directement sur un Paris-Versailles. ( à ce stade, je trouve que ça sonne pas vraiment comme une bonne idée; d’autant que j’espérais avoir l’avis d’un médecin avant de rattaquer. Pas de pot, le rendez vous chez le médecin est calé deux jours après la course … )

J’hésite donc un peu. Je tente un instant d’appliquer mes propres conseils philosophiques et de ne pas céder aux sirènes de la course le temps de me sentir complètement guéri. J’ai peur qu’en me remettant à courir trop tôt je finisse par me blesser plus sérieusement et que je sois bloqué ensuite pour des semaines; et là je me connais, je vais chouiner tous les jours. Parce que jusqu’ici je tiens à coup de VTT sur les bords de Marne, mais je commence à vraiment saturer : j’ai du mal à prendre du plaisir en vélo à Paris : trop de circulation, de feux rouges, pas assez de campagne et pas assez de côtes qui font mal.

Je veux éviter à tout prix de me faire encore plus mal que la dernière fois. Ca fait un long moment que je n’ai pas couru sans aucune douleur ou gêne. Et je me suis dit que ça c’était fini ! Dans le personnage de coureur que j’imagine devenir, la patience et le fait de ne pas courir sur une douleur font désormais partie de mes bonnes résolutions : enchainer des séances de qualité plutôt que de compter sur la quantité. Bon, ça c’est la théorie vous l’aurez compris … La réalité que nous vivons; c’est la tentation; tout le jeu étant de trouver à quelles tentations on cède sans trop se bousiller.

Je regarde le parcours sur internet. Je dois avouer que je le trouve très sexy : partir de la Tour Eiffel, longer la Seine, rejoindre le château de Versailles en coupant par la Forêt de Meudon …ça semble vraiment très chouette.

Et puis y a des groupes de musique tout le long; ça doit être sympa.

La météo dit que le temps sera frais et beau, le temps idéal pour courir …

Et cela fait environ 20 jours que je n’ai pas couru. Diable ! n’ai je donc pas déjà été suffisamment raisonnable ? Et faire 16 kilomètres ce n’est pas de l’ultra-endurance non plus; c’est 6 kilomètres de plus que mes séances habituelles…

Plus je joue avec l’idée de courir ce Paris-Versailles, plus je suis excité : la Tour Eiffel, la Seine, le Chateau, la forêt, le soleil, la route juste pour nous, vidée de tous véhicules. Ca y est, je trépigne d’impatience, et ma décision est au fond prise depuis le moment où j’ai accepté le dossard sans hésiter, il a juste fallu attendre que ça monte au cerveau; mais les tripes étaient fixées il y a longtemps.

Ma tendre compagne; qui connait mieux que personne ma récente passion pour la course à pied et qui m’a vu revenir plus d’une fois d’une séance en clodiquant tout penaud; me gratifie la veille du soir de la course d’un massage des pieds qui me fait beaucoup de bien. Elle leur dit tout bas « portez mon loup ! » . Je me sens protégé par sa magie blanche et par cette incantation à laquelle je décide de croire. Mes pieds me porteront sans douleurs et je vais passer une bonne course. Optimisme ! on est jamais à l’abri d’une bonne surprise, comme j’ai lu il y a peu.

La course

Dimanche matin, il est 7 heure, j’avale un café , deux tartines et 3 verres d’eau, pas plus. Je bois peu pour éviter d’avoir une irrémédiable envie de pisser au moment où je serai coincé dans le sas de départ; un peu traumatisé par un blog ou quelqu’un raconte avoir vu des coureurs pisser dans leur bouteille pour pouvoir se soulager sans quitter leur place. Je prends avec moi dossard, montre GPS et téléphone. Je ne prends pas d’eau : l’organisation indique 3 ravitaillements, c’est plus que confortable et ça me permet de partir léger.

J’évite le RER C, ce serait trop rageant de croupir dans une rame de RER C en panne dans le noir pendant que d’autres chanceux prennent le départ de la course ! je saute sur un Velib que je pose à 2 kilometre de la tour Eiffel; et je finis en courant, pour voir comment sont les sensations. Ma foi ça semble bien se passer.

Magic patounes !

Les protège-pattes !

J’ai choisi de courir avec les hoka one one huaka, achat tout récent et désormais baptisées « protège-pattes » : rigides au niveau de la semelle, un gros amorti tout le long du pied, mais aussi étonnamment légères et à très faible drop ( 2mm en théorie). J’ai l’impression d’être perché un peu haut par rapport à mes autres chaussures et je me sens moins agile et réactif qu’avec mes « Sketchers go run » , mais en dehors de ça elles se font totalement oublier et protègent surtout très bien mes pieds sensibles, c’est parfait en ce jour. J’apprécie aussi beaucoup le système de laçage rapide auquel je n’ai vu que des avantages jusqu’ici. Je ne les ai jamais porté sur plus de 4km à ce moment, je croise donc les doigts de pieds pour ne pas avoir de vilaines surprises dans les kilomètres qui suivront !

J’arrive le sourire aux lèvres au champ de Mars; parce que ce matin Paris est très belle et calme; sous ce soleil aux lueurs automnales délicates. J’ai jeté en venant un oeil inhabituellement attendri à Notre Dame; parce que je quitte bientôt Paris; je me sens nostalgique par anticipation.

Je cours seul habituellement; mais pas cette fois : aujourd’hui j’ai 25 000 copains et copines. Je me sens transporté; ça parait même étrange de voir autant de gens partager cette passion un peu curieuse de courir sans être poursuivi ou en danger, juste pour le fun – ou la performance. Je prends ma place dans le sas de départ où je piétine environ une heure en subissant les assauts auditifs peu subtils du speaker, dont l’enthousiasme forcé tente de briser la monotonie du décompte des vagues de coureurs qui partent devant nous.

10h48 : ça y est c’est enfin au tour de notre vague, on part ! on s’élance comme un seul homme sur les larges routes parisiennes, habituellement le royaume des véhicules motorisés, des klaxons agacés, des gens pressés d’arriver au travail ou de rentrer à la maison. Mais cette fois-ci, à la place des voitures il y a des milliers de gens qui prennent possession de la route, sans autre but que celui du plaisir de courir. C’est un pied de nez à comment cet espace est habituellement vécu et comme il s’agit de ma première course sur route; c’est plutôt jouissif à vivre, surtout à Paris !

Je reste pour l’instant particulièrement attentif à toutes mes sensations car je n’ai jamais couru 16km d’une seule traite, alors je stresse gentiment : je me demande si je vais y arriver, si mes pieds vont tenir le coup ou pas. Mais c’est tellement plus drôle qu’on est pas tout à fait sûr d’y arriver ! : ça rend les minutes vécues plus sexy.

Je la joue très tranquille comme convenu précédemment avec moi-même. Mon plan de base est simple : arriver frais en haut de la côte des gardes et accélérer à partir de là si j’ai les jambes. Je n’ai de toute façon pas le niveau pour faire un chrono canon; je vais donc me focaliser sur le plaisir de la course et le fait d’arriver dans un état correct, avec deux pieds encore fonctionnels si possible. Je fais très attention à garder le rythme de mon coeur assez bas et à conserver une respiration à peine audible pendant les 5 à 6 premiers kilomètres. En jetant un oeil à ma montre je constate que je tourne autour des 5’30/km : parfait, c’est mon allure de confort et je m’y tiens en essayant de pas me laisser distraire par le rythme de ceux qui m’entourent. Ce qui n’est pas si simple car il y a vraiment beaucoup de monde; on se fait doubler de toute part par les plus rapides, on essaie de ne pas heurter ceux qui ont un rythme plus lent que le notre et il faut beaucoup slalomer.

Malgré le monde, j’arrive parfois à me trouver de petits espaces un peu plus tranquilles sur les bas-côtés. Je regarde autour de moi, heureux de pouvoir recourir après ces longs jours d’arrêts, de voir défiler les péniches, la Seine et les paysages qui s’offrent à moi. Je profite de ce soleil, de cette température fraîche, des groupes de musiques, des percussionnistes, des encouragements anonymes; des enfants qui tendent leur main pour qu’on tape dedans en passant (les mains, pas les enfants). Mes pieds ne se plaignent pas; tout va bien dans le meilleur de monde; c’est le bonheur.

Comme prévu je zappe quand je le croise le premier ravitaillement ( en plus je trouve que ça fait badass d’écrire ça. « S’hydrater, moi ? haha jamais, je ne connais pas la soif ! » ), je me laisserai plutôt tenter par celui qui suit la côte des gardes. A cet occasion je re-découvre le charme spécial des lieux de ravitaillements : des centaines de bouchons bleus jonchent le sol, des bouteilles d’eau à moitié pleine volent de-ci de-là et atterrissent bien souvent en dehors des poubelles et des endroits prévus pour les récupérer. Ca me donne envie de râler sauvagement mais ça semble une tradition bien ancrée…

Kilomètre 6 : On arrive à la fameuse côte des gardes, longue de 2 kilomètres, caractéristique majeure de cette course. Je me sens parfaitement frais, juste un peu inquiet pour mon pied gauche dont la douleur vient subitement de se réveiller. Je suis méfiant vis à vis des douleurs qui surgissent à chaud et une pointe d’inquiétude surgit : je me demande tout à coup si elle va me laisser faire les 10km restant sans souffrir ou si je vais devoir me faire mal pour terminer la course.

Mais la côte des gardes détourne vite mon attention : je suis excité à l’idée de cette deuxième phase de la course qui brise enfin la routine de la route plate ! Le peloton de coureurs subit un impressionnant ralentissement et la course change de visage en un instant : certains accusent durement le coup le souffle soudain bruyant, le dos cassé, ou se mettent à marcher.

C’est ma première côte aussi longue dans ma récente et courte carrière de coureur, mes modestes lieux habituels de course étant quasi-dépourvu de dénivelé. Je n’ai donc pas la moindre idée de comment je vais réagir de mon côté. Prudemment, gardant en tête que je veux arriver le moins fatigué possible en haut de la côte pour pouvoir me régaler comme je l’entends sur la fin de la course; je réduis drastiquement mon rythme et je raccourci ma foulée jusqu’à trouver un rythme où je ne m’essouffle pas. Je constate à ma montre que je suis à 6’30/km; c’est lent mais ça me semble honnête par rapport à mon allure précédente sur le plat. Je sens que le coeur cogne un peu plus mais sans dérive notable; je décide de conserver ce rythme pendant un bon kilomètre et de voir si ça passe comme ça.

Comme tout se passe bien à la fin de ce premier kilomètre; je finis de monter sans tenter d’accélérer car je sens quand même que côté cuisses et mollets ça commence à tirer vachement; tant et si bien que je me demande si je ne suis pas sur le chemin d’une crampe au niveau d’une de mes cuisses sur la toute fin de la côte.

Pas grave, on a atteint le sommet ! le panneau du point culminant indique 173m. Je blague un peu sur cette hauteur démentielle que nous venons de gravir avec le coureur à côté de moi; lui disant qu’on aurait du prendre nos skis. C’était histoire d’engager la conversation mais ça n’a pas l’air de l’amuser. J’espérais taper un peu la discute à gauche et à droite lors de cette course mais ça n’a pas été un franc succès de ce côté.

On commence juste après les premières descentes en forêt : alors ça devient très agréable, superbe passage du parcours; je me régale. Ma douleur au pied a mystérieusement cessé pendant la montée, je me sens presque plus en forme qu’au départ, j’ai bu un peu d’eau au dernier ravitaillement, je peux lacher les chevaux ! Le temps est magnifique, la température parfaite, le soleil perce à travers les feuilles de la forêt. Pour la première fois depuis que je cours je décide d’envoyer les watts dans une descente. Je suis plutôt confiant dans la paire de hoka one one que j’ai au pied : leur grosse semelle me permettent de battre le bitume en descente sans douleurs, alors j’agrandis la foulée, je vole, je dévale à fond, et je me permets même le luxe d’un petit sprint dans la foret pour le fun.

Au 13eme kilomètre environ je déchante car je sens soudainement un changement physique radical se mettre en place que je n’ai pas anticipé: mes muscles se raidissent; surtout au niveau des cuisses. Déjà je suis au-dessus de la distance que je cours d’habitude (10km); ensuite les 2km de cote et le fait de descendre comme un dingue ont dû finir de me faire passer dans une sphère d’endurance inconnue de mon corps plus tôt que je n’imaginais.

Je prends toujours du plaisir mais je sens clairement que ma foulée vient de perdre le peu de grâce qu’elle possédait et que mon corps a soudain tendance à s’affaisser et s’écraser à chaque pas au lieu de rester dynamique et digne. Comme si il me disait : « mais pourquoi tu fais ça ? tu veux pas qu’on s’allonge un peu dans l’herbe là maintenant, t’es pas fatigué ? » … Je suis contraint de chercher une foulée moins violente pour retrouver du confort : j’essaie d’avoir une foulée plus légère, je la raccourci un peu et j’augmente conséquemment la fréquence. A ma surprise, non seulement ça fonctionne bien et je ne sens plus mes raideurs, mais en plus j’accélère franchement ! Le coeur cogne plus fort dans la poitrine et s’emballe un peu à cause de cette fréquence plus élevée mais à environ trois kilomètres seulement de l’arrivée je peux relâcher ma surveillance de ce côté.

On arrive sur la longue avenue de Paris, le Château de Versailles en ligne mire, accompagnés par une musique épique. Ca envoie. On m’a dit que cette dernière portion en faux plat était plus longue qu’il n’y paraissait. Vu que je suis pas du tout parti pour péter un record je décide de pas me flinguer comme un demeuré sur les deux dernières kilometres; me disant que ca me laissera plus d’énergie pour profiter du reste du dimanche. ( raté, j’ai passé le reste de mon dimanche sous la couette pour me remettre )

Au tout dernier kilomètre, j’accélère encore car quand même il m’en reste un paquet sous le capot et je franchis en sprint, heureux comme un roi, la ligne d’arrivée. Je constate avec fierté que je ne suis pas essoufflé et je me dis que le fumeur que j’étais il y a trois mois est mort : je préfère cette vie et les sensations épiques que j’ai vécu dans ma petite tête pendant cette très belle course; je me sens en forme et bien dans ma peau et dans ce monde. J’ai l’impression d’avoir fait une embrassade au monde extérieur; d’avoir pris le temps de fendre son air, apprécier sa chaleur, fouler sa terre, accueillir sa lumière.

J’ai un fugitif regret en me disant que j’aurais pu sans doute faire mieux que les 1h27 comme chrono. En réalité ce n’est pas sûr, qui sait si je n’aurais pas attrapé une crampe dans la côte ou trop solliciter mes pieds à vouloir faire un chrono ? et puis ça aurait été bête de gâcher tout mon plaisir pour gagner 5 minutes sur ce genre de temps; je suis encore loin d’une performance mémorable. Je rentre donc parfaitement satisfait de tout; en boitant un peu mais pas trop. Ayant commencé la course à pied il y a peu près 3 mois; je me sens chanceux d’avoir pu courir cette distance avec autant de plaisir.

Merci Paris-Versailles 2015, peut être à l’année prochaine !

Souvenir de l'arrivée

Souvenir de l’arrivée

Et maintenant ?

Si le récit vous a plu, cliquez sur « suivre » en bas à droite pour suivre la suite de l’aventure !
Vous pouvez aussi me retrouver sur Strava : http://www.strava.com/athletes/9835768

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4 réflexions sur “Compte rendu Paris-Versailles 2015

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